February 3, 2021

Comment choisir les bons mots pour les bons messages ?

Petite stat' du jour bonjour : la plupart des Français utilisent entre 3000 et 5000 mots.

Et encore, au quotidien on en utilise qu'environ 500 pour le langage courant.

Pour info, il y a 60 000 entrées dans le Petit Robert et le vocabulaire de Maupassant a été évalué à environ 12 000 mots... Sacré Guy.

Conclusion : on a une langue riche, très riche.
Et peu de gens, trop peu de gens, jouent avec cette diversité.

A la limite, qu'on ne trouve pas de synonymes pour remplacer le mot "panache" ce n'est pas très grave, il se suffit à lui-même :)

Or très souvent, le choix de vos mots a non seulement un impact sur le style, mais aussi sur l'image et la perception qu'on en a.

Par exemple on dit un "SDF" plutôt qu'un "clochard".
C'est un euphémisme pour rendre la chose moins brutale.

Ou alors on dit "plan social" plutôt que "plan de licenciement".
C'est un euphémisme pour mieux faire passer la pilule.
Car dans un "plan social" on met en lumière les mesures "sociales" qui accompagnent les licenciements.
On ne parle donc plus des licenciements.
On ne parle donc plus des gens qui sont virés.

Ces choix ne sont pas anodins d'un point de vue politique :


Les mots ont un sens, une valeur, une couleur, un poids.


Imaginez que je vous invite tous à venir manger à la maison, mais avec 3 formulations différentes :

- "Je vous invite chez moi pour se faire une bonne bouffe"> ça sent les plats en sauce, le supplément fromage et le bouton du jean's desserré à la fin du repas.
Sous-titre : on va se péter la panse.

- "Je vous invite chez moi pour se faire un petit dîner"> ça sent la bouteille de Petrus, au moins 1 bougie allumée, des couverts de la même famille et de la salade en entrée.
Sous-titre: on va se faire plaisir avec des produits fins et raffinés.

- "Je vous invite chez moi grignoter 2-3 trucs" > ça sent l'apéro, le tarama de la veille et le reste de quiche du midi.
Sous-titre: mieux vaut avoir mangé avant, on est surtout là pour se voir.

En fonction de la qualité du repas, je vais privilégier certains mots au moment de lancer mon invitation.

Pour cet exemple, l'enjeux n'est pas incroyable non plus, nos amis resteront nos amis, peu importe la qualité de la purée de petit pois.

Mais dans certains cas, ils peuvent avoir des conséquences terribles sur des victimes d'agressions sexuelles par exemple.
Je vous invite à écouter l'Interview vidéo de Caroline de Haas du collectif #NousToutes pour Brut sur l'importance du choix des mots, à retrouver ici.

Et pour vous, que se passe-t-il si vous choisissez les mauvais mots lors d'un discours ?
Lors d'un pitch face à des investisseurs ?
Lors d'une réunion stratégique avec votre équipe ?
Lors d'une interview ultra médiatisée ?

La facilité consiste donc à choisir des mots passe-partout.

Mais siii, vous les utilisez tous les jours ces mots.
Ils sont neutres, sans saveur, et on ne sait pas trop ce qu'ils veulent dire :
- "notre solution innovante"
- "la transformation digitale"
- "nos collaborateurs"
- "nos utilisateurs"
- "une approche complexe"

On peut même faire des phrases qui donnent l'air intelligent mais qui en vrai sont vides de sens : "Via une approche complexe, nous mettons en place une transformation digitale avec nos collaborateurs en vue de créer la meilleure solution innovante pour nos utilisateurs".

Si vous voulez rendre ça compréhensible, humain et intéressant, privilégiez plutôt : "On est 4 geeks et on travaille d'arrache-pied pour aider [insérez le problème que vous résolvez de manière ultra-concrète]".

Pourquoi ça marchera mieux ?
Parce que chaque mot donne une couleur qui illumine cette prise de parole.
"4" = on sait combien vous êtes
"Geek" = des férus de nouveautés
"D'arrache-pied" = des passionnés

Il y a les mots doux, les mots bleus, les mots fléchés, les gros mots, les mots-de-tête, les jeux de mots, les mots de passe, et même les mots-passants... Ce Guy est partout décidemment.

Et il y a les mots-poisons.

Ce sont des expressions qui reflètent une perception limitée ou limitante d’une situation et qui peuvent avoir des conséquences sur la gestion de vos propres émotions et sur vos relations avec les autres.

Il est alors intéressant d’identifier ces mots-poisons et de les remplacer par des mots-antidotes.

Exemples :

  • Ne dites plus « oui mais » et essayez plutôt « oui et » qui permet de construire avec l'autre, plutôt que de détruire ce qui a été dit.
  • Privilégiez l’expression « j’ai choisi de » plutôt que « je peux » ou « je ne peux pas »
  • Atténuez l’effet d’un « jamais » définitif par un « presque jamais »
  • De la même manière relativisez un « toujours » par l’utilisation de « souvent » ou « la plupart du temps »
  • Remplacez des mots indiquant un jugement de valeur catégorique comme « vrai » ou « faux » par des mots comme « possible » ou « souhaitable »
  • Et plutôt que de dire « je suis déprimé » ce qui sous-entend que vous l'êtes toujours, essayez « je traverse un passage dépressif ».


Enrichissez vos prises de parole.

Lisez des styles différents.

Jouez avec les mots.

Et surtout réfléchissez à l'intention que vous aimeriez véhiculer avec vos mots car ils procurent des émotions.

Si je vous dis "bienvenue dans votre nouveau cocon", l'état émotionnel dans lequel je vous mets n'aura pas la même saveur que "bienvenue dans votre nouvelle maison".

Les mots ont un sens, une valeur, une couleur, un poids.

Pour conclure en apothéose, voici un poème de Victor Hugo qui résume très bien l'importance des mots, et de l'impact qu'ils peuvent avoir. 
En bien, comme en mal.


Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !
Tout peut sortir d’un mot qu’en passant vous perdîtes ;
Tout, la haine et le deuil !
Et ne m’objectez pas
Que vos amis sont sûrs
Et que vous parlez bas…
Ecoutez bien ceci : Tête-à-tête, en pantoufle,
Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,
Vous dites à l’oreille du plus mystérieux
De vos amis de cœur ou si vous aimez mieux,
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
Dans le fond d’une cave à trente pieds sous terre,
Un mot désagréable à quelque individu.
Ce mot, que vous croyez que l’on n’a pas entendu,
Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre,
Court à peine lâché, part, bondit, sort de l’ombre ;
Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin ;
Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;
Au besoin, il prendrait des ailes, comme l’aigle !
Il vous échappe, il fuit, rien ne l’arrêtera ;
Il suit le quai, franchit la place, et cætera
Passe l’eau sans bateau dans la saison des crues,
Et va, tout à travers un dédale de rues,
Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.
Il sait le numéro, l’étage ; il a la clé,
Il monte l’escalier, ouvre la porte, passe, entre, arrive
Et railleur, regardant l’homme en face dit :
« Me voilà ! Je sors de la bouche d’un tel. »
Et c’est fait. Vous avez un ennemi mortel.

Victor Hugo - Le mot



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Julien de Sousa, co-fondateur

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