August 26, 2021

Motiver l'autre à changer sans le/la critiquer

Ce lundi, je me lève pour me remettre doucement dans les activités "panache" après 4 semaines où j'ai coupé : respirer, jouer, marcher, choper une angine, être testé négatif, nager, rire, danser, choper un rhume, être testé négatif, cuisiner, lire, me faire vacciner 2 fois, obtenir 50 QR codes, et ne rien faire.

Pas mal de "rien" d'ailleurs.

J'avais envie de vide, car je me sentais moi-même vidé.

C'est chouette le vide pour se remplir.

Donc, lundi je me lève (et je te bouscule, tu ne te réveilles pas), et je partage un peu partout sur mes réseaux les prochaines formations qu'on organise pour cette rentrée (vous pouvez d'ailleurs les retrouver sur cette page web)

Dans la foulée je reçois un message d'une amie qui m'écrit :

Aïe

Rationnellement et factuellement, c'est un message avec plein de bonnes intentions. La précision du "on en parle avec bienveillance" accouplé à un émoji-sourire + un "baby" qui se veut protecteur, est clairement là pour favoriser un échange constructif et sans aucun jugement de ma personne.

Pourtant, j'ai eu le sentiment d'être jugé et j'ai rapidement cherché à me défendre : "Oui enfin tu sais, "Obama" c'est pour Michelle ET Barack. Mais pour "Joue-la comme Steve Jobs" c'est du temporaire car on ne trouvait pas un nom de couple d'entrepreneurs mondialement connu pour leurs performances oratoires blablabla laissez-moi-me-noyer-dans-mes-justifications..."

En d'autres termes, je n'ai pas accepté la critique.

Et je ne pense pas être le seul qui peutnourrir de la rancune et de l'aigreur après un feedback qui se voulait aidant.

Si c'est aussi votre cas, je vous rassure nous sommes parfaitement normal.

Nous avons toutes et tous besoin de nous sentir aimé.e, mais aussi de critiquer, de faire des reproches, de corriger les autres... parce que nous sommes habitués à nos propres chemins mentaux. Et si les autres ne partagent pas notre conception, ne suivent pas la même conduite que nous, c'est qu'ils sont dans l'erreur.

Donc finalement, comment amener les autres à accepter nos feedbacks, à évoluer, à changer, sans qu'ils se sentent critiquer ?

Dès lors qu'on vit en société, on a besoin de s'identifier à des références, à des positions, à des valeurs, qui vont nous permettre de nous affirmer dans la société et nous distinguer par rapport aux autres.

Par ailleurs, nous avons toutes et tous des croyances.
Sur nous-même, sur le monde qui nous entoure, sur les sciences, sur la géopolitique, sur les vaccins, sur le lait avant ou après les céréales...

Et le propre de la croyance, c'est qu'elle ne se vit pas, ne s'éprouve pas comme une croyance.

Mais comme une vérité tout simplement.

Par exemple, si vous pensez qu'il ne faut pas rester assis.e à table lorsque les autres sont en train de nettoyer, ranger, faire la vaisselle. Vous n'allez pas dire : "Je crois qu'il ne faut pas rester assis lorsque les autres s'activent pour ranger". Vous allez l'affirmer : "On ne doit pas rester assis, alors levez vos fesses de là !"

En l'affirmant de cette façon, vous estimez que c'est une vérité.

Du moins, votre vérité.

C'est parce que nous nous sommes identifiés à nos croyances, à nos chemins mentaux, que nous avons ce désir naturel de les imposer aux autres, de blâmer, de critiquer, de faire des reproches à celles et ceux qui ne vont pas suivre la conduite qu'on défend.

Mais là vous allez me dire : "Oui euh, mais Julien euh, critiquer, faire savoir qu'on n'est pas d'accord, corriger l'autre... ce n'est pas juger la personne hein. Une critique constructive permet d'avancer et motiver les autres à mettre le lait APRÈS les céréales".

Et je vous répondrais que vous avez raison.

Le lait se met APRÈS.

Mais le problème n'est pas de savoir si la critique est personnelle, si la critique est un jugement.

Le problème est de savoir comment la critique est reçue.

Et la critique est toujours reçue comme un jugement. 

Nous avons toutes et tous la même maladie : nous sommes allergiques au jugement. Parce que lorsqu'on entend une critique, on n'entend pas une critique rationnelle et objective. On entend une attaque personnelle.

Car, simplement, nous avons toutes et tous un égo, un orgueil, qui est un élément défensif de notre personnalité. Il nous fait réagir à ce qu'on considère comme des agressions.

L'ego, c’est une espèce de bouclier intérieur qui, en premier rôle, nous aide à survivre, nous défendre... Donc, il réagit face à la critique.

Pas de bol (de céréales), nous sommes toutes et tous des hypersensibles du jugement.

Même avec le célèbre "Oui, mais quand je te fais une critique, il ne faut pas le prendre personnellement, je n'ai pas l'intention de te juger"... il n'y a rien à faire, ça ne marche pas !

On se sent agressé.e parce que c'est un réflexe défensif, automatique.

Lorsqu'on entend un message, critique ou pas, il circule dans les 3 zones de notre cerveau suivant cet ordre:
1- Cerveau reptilien : qui recherche la survie et la sécurité.
2- Cerveau limbique : qui recherche le plaisir, c'est le siège de l'affection et des émotions.
3- Cerveau néocortex : qui recherche la rationalité pour prendre du recul sur nos émotions.

Le cerveau reptilien est donc le premier sollicité face à la critique.

Et inconsciemment, la critique nous ramène au risque du rejet. Au risque d'être écarté du groupe.

Or, nous recherchons toutes et tous la validation du groupe : désir de reconnaissance, être aimé.e, être admiré.e... Car du groupe, dépend notre survie individuelle.

Voilà pourquoi, pour bien vendre un produit, il convient de s'adresser aux émotions du client, et non pas seulement aux arguments commerciaux : lui vendre du rêve, du bien-être, de la projection mentale. Les publicitaires l'ont bien compris, alors utilisez ce pouvoir pour des causes nobles (article sur la puissance des émotions).


En somme, nous sommes largement gouvernés, conditionnés, par nos émotions.

À chaque fois que vous dites à quelqu'un :
"Tu devrais arrêter ça / faire comme ça / changer ça, parce que [insérez ici des arguments rationnels et logiques]..."

La seule réaction que vous allez obtenir est celle de l'ego, celle de la défense. Et la désagréable sensation d'être infantilisé.e.

Pointer les défauts chez l'autre, n'aide pas l'autre à corriger ces défauts.

Car tout simplement on ne considère pas qu'on n'a pas à changer pour quelqu'un qui nous fait des reproches.

Alors on fait quoi ?

La base des relations humaines et sociales, c’est la confiance.

Et la confiance ne peut s'obtenir que lorsque la personne en face de nous dégage suffisamment de bienveillance pour lui faire confiance.

Juste pour le plaisir, regardez dans cetoute la bienveillance que dégage Emma Watson pour aider une journaliste à effacer une marque de stylo sur son visage. Au lieu d'un facile :"Vous avez du stylo sur le visage" qui créera sûrement embarras et gêne. Elle se met à son niveau avec un "Je suis sûre que vous feriez la même chose que moi" et se met elle-même en action pour l'aider.


Bienveillance, gentillesse et empathie.
Emma si tu me lis, j'adorerais partager un bol de granola avec toi.

En communication, il est important de toujours utiliser des tournures de phrases positives quand on s'adresse à l'autre (article sur le choix des mots).

Parce que même si ce que vous dites à l'intérieur d'une phrase négative est gentil, bienveillant, ce que va entendre la personne, ça sera la négation. C'est donc sa partie émotionnelle qui sera touchée avant la partie rationnelle.

Exemple de phrases négatives se voulant bienveillantes :
- Tu n'as aucune raison de t'inquiéter
- N'aie pas peur 
- N'hésite pas à nous contacter
- Pas d'problème !
- Pas d'soucis !


Alors oui, tout le monde sait que derrièreces tournures de phrases négatives, il y a des intentions positives. Sauf qu'à chaque fois que vous prononcez ces mots, vous les faites exister dans votre cerveau, et celui des autres.

Si je vous dis : "Ne pensez pas à une plage de sable blanc avec une noix de coco de 10m de diamètre", il y a de grandes chances que votre cerveau vient de la visualiser...

Dire à quelqu'un "Ne t'inquiète pas", c'est lui rappeler qu'au fond de lui, il est inquiet.

Il ne sert absolument à rien de vouloir inverser la hiérarchie émotion | raison. Tout simplement parce que nous ne sommes pas des machines logiques. Nous sommes des machines émotionnelles dotées d'une fonction logique.

Si vous voulez avoir une réelle influence sur les autres, il ne sert à rien de les critiquer, les condamner ou les juger. Tout ce que vous obtiendrez est l'effet totalement inverse.

Il est plus efficace pour convaincre ou influencer quelqu'un :
- De vous attarder sur ce que vous appréciez chez cette personne.
- De vous attarder sur ces qualités.
- De la valoriser sincèrement.
- D'être à l'écoute de cette personne.
- De formuler des phrases positives
: "Rassure-toi nous allons trouver une solution ensemble" plutôt que "Ne t'inquiète pas, nous allons résoudre ton problème"
- D'essayer de comprendre pourquoi elle pense comme ça. Pourquoi elle agit comme ça.

Parce que derrière chaque manière de penser, il y a des raisons de penser ainsi.

Derrière chaque manière d'agir, il y a des raisons d'agir ainsi.

Et on ne supprime pas tout l'historique des raisons qui conduisent quelqu'un à penser comme il pense ou agir comme il agit, simplement en appuyant sur une touche. Simplement en formulant une critique.

"Tu devrais arrêter de manger chez McDo tu sais, c'est mauvais pour ta santé et la planète."
"Ah oui j'avoue, allez j'arrête, je file faire un potager !"

...

On n’amène pas l'autre à se remettre en cause par la confrontation.

On amène l'autre à se remettre en cause en lui donnant l'envie et en lui créant les conditions de la remise en cause. 

La remise en cause de soi est un phénomène naturel dès lors qu'on se sent dans un climat de confiance et de sécurité.

Faites l'expérience vous-même en adressant un compliment sincère à quelqu'un, et vous allez voir que c'est cette personne elle-même qui va relativiser le compliment.

Et finalement vous arrivez à ce paradoxe : c'est en faisant des compliments à quelqu'un que vous allez l'amener à reconnaître ses défauts.

On agit et on pense par rapport aux motivations que l'on a à agir et à penser.

Si vous souhaitez aider votre prochain, ne le jugez pas.
Insufflez-lui la motivation et l'envie de s'améliorer.


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Julien de Sousa, président co-fondateur

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