October 10, 2021

Public qui rit, public conquis : comment faire l'humour ?

Monsieur et Madame "Clette" ont une fille, comment s'appelle-t-elle ?
Réponse à la fin.

Il m'arrive souvent de manquer mon bus. 
Je pense qu'à ce rythme, je vais devenir ceinture noire de cars ratés.

Merci c'est tout pour moi ! 

Faire l'humour, c'est comme faire l'amour : on peut venir avec les meilleures techniques, c'est une question d'alchimie avant tout. 

Alors je vous arrête tout de suite : il n'existe pas de formule magique pour faire rire à tous les coups. 

C'est d'ailleurs pour ça que c'est très satisfaisant et galvanisant lorsqu'on récolte quelques éclats par ci et là : la difficulté rend la chose précieuse et délicieuse.

Donc c'est sans prétention que je vais tenter de vous apporter quelques ingrédients pour faire rire votre auditoire. 

Pourquoi le faire rire vous allez me dire ?

Lorsque vous prenez la parole, le public est très exigeant : il attend de vous que vous soyez clair.e, concis.e, précis.e, structuré.e...et divertissant.e. 

Si le public commence à s'ennuyer, il ira naturellement chercher une occupation plus stimulante dans son pantalon : son smartphone.

Ce petit objet entre en concurrence direct avec vous, car il propose moult activités bien plus attrayantes que vous : checker ses mails, répondre à sa moitié, voir des stories de Laurent Ruquier...

De nos jours on parle même de "l'économie de l'attention" : notre temps vaut de l'argent et tous les moyens sont bons de la part des GAFAM pour nous déconcentrer de nos activités afin de mieux nous concentrer sur leurs fonctionnalités.

Faire de l'humour est l'un des moyens les plus puissants pour capter l'attention, la maintenir, laisser une trace agréable et mémorable de votre intervention, et surtout : pour créer un lien émotionnel.

Alors alors, comment faire rire un public ?

Je vous ai sélectionné 10 méthodes glanées par ci et là, dont certaines que j'utilise régulièrement.

1-Histoires et anecdotes

Il nous arrive à toutes et tous des péripéties dans nos vies. Des choses incongrues, folles, improbables. Alors cherchez une de ces histoires qui pourraient alimenter et illustrer un de vos messages clés.

Par exemple, j'ai eu l'occasion de vivre à Tahiti en 2018 pour développer le premier incubateur de start-ups du Pacifique. C'était une sacrée expérience professionnelle et aussi personnelle (d'ailleurs si ça vous intéresse, j'en ai écrit un retour d'expérience sur l'écosystème entrepreneurial en Polynésie). Un mois après mon arrivée, je me suis retrouvé par le plus grand des hasards à participer au record du monde de Ukulele ! Nous étions +6500 à jouer la même musique dans un stade de foot et le lendemain on pouvait me voir dans le journal en tenue locale, instrument à la main à feindre mon aisance. J'aime bien montrer cette photo et raconter cette histoire pour montrer ma légitimé sur l'entrepreneuriat et ma personnalité pour mon goût prononcé envers les chemises à fleurs. L'objectif n'est pas d'obtenir des éclats de rire, il est plutôt d'obtenir de la sympathie et de montrer qu'il y a un humain derrière l'orateur.

2-Qualité plutôt que quantité

Lors de vos présentations, l’objectif n’est pas tant le nombre de rires, mais davantage la qualité des moments d’humour que vous créez. Vous n’êtes pas humoriste, l’objectif n’est donc pas de réaliser un one wo.man show. Si c'était le cas, venez vous produire sur des scènes ouvertes et testez vos vannes au Jamel Comedy Club, et invitez-nous !

Lorsque vous prenez la parole avec des enjeux, c'est un exercice de communication qui doit rester professionnel et efficace. Si vous faites de l’humour, faites-le en gardant en tête vos principaux objectifs : capter l’attention, susciter l’empathie et convaincre votre public. Ainsi, lorsque vous préparez votre oral, commencez par réfléchir aux histoires à potentiel comique qui vous semblent intéressantes de partager avec votre public, et placez-les stratégiquement dans votre discours de façon à ce qu'elles puissent vous permettre d’atteindre plus facilement vos objectifs. Le début étant généralement l'un des moments les plus appropriés, car cela détend l’atmosphère, met l’orateur.trice en confiance et rend le public plus réceptif à ce que vous avez à lui proposer.

3-Séduction au temps zéro

Les premières secondes d’une présentation sont les plus stratégiques : le public vous découvre, parfois pour la première fois. Il a son a priori, ses premières impressions et une sympathie très limitée à vous accorder de prime abord. Normal, qui êtes-vous pour leur arracher de l'attention ?

Être capable de provoquer un rire qui se propage dans toute l'assemblée est à ce moment-là un coup de maître.sse qui peut vous aider à gagner la confiance de votre audience et la rendre ainsi beaucoup plus réceptive à vous écouter et à vous suivre. Par ailleurs, en annonçant la couleur, le public sera plus réceptif aussi à vos futures vannes et autres moments de cocasseries. Car avouez que c'est tout de suite très malaisant d'entendre un discours de 15min très sérieux et d'avoir une blague de Toto qu'en toute fin... 

4-Autodérision dérisoire

Avant de rire de quoi que ce soit, vous devez être capable de faire rire les autres de vous-même, de faire preuve d’autodérision. Alors attention à ne pas confondre avec son double maléfique : l'autodénigrement ! Ce dernier tire sa source d'un manque de confiance et d'une envie d'attention. Alors que l'autodérision tire sa source d'une envie de vous exprimer dans vos différentes facettes avec humour. Concrètement, cela veut dire que lorsque vous faites une remarque, vous ne devez pas laisser à votre public l'impression que vous attendez une réaction de sa part. 

Je me souviens avoir fait un discours un jour où je parlais de mon parcours et je l'avais intitulé "Je m'appelle Julien de Sousa et je ne suis pas devenu maçon". Évidemment je n'ai rien contre cette profession, je la trouve même honorable, car c'était le métier de mon père. Et elle est là l'autodérision : je suis d'origine portugaise et beaucoup de clichés sont vrais chez moi (ma mère est femme de ménage, je suis petit et trapu, j'ai toujours vécu au rez-de-chaussé, j'avais même un napperon sur la télé du salon...). Donc j'aime rire de moi sur ça, et montrer qu'on peut déjouer les statistiques. Je ne construis pas des maisons, je construis une entreprise. En plus le mot "panache" ça sonne très "accent portuguesh" :) Sachez donc vous montrer vulnérable et exposez avec humour vos limites personnelles, cela vous rendra plus humain et plus proche de votre public.

5-Décalage et contraste

Cette technique permet de créer la surprise et évite de dégager de vos blagues uniquement de la pitié, surtout si votre frontière est très fine entre dérision / dénigrement.

Le meilleur exemple en inspiration pour comprendre l'art du contraste, c'est de regarder les spectacles de Blanche Gardin. Elle excelle sur au moins 2 types de contrastes : sémantiquement et visuellement.

Un contraste sémantique : extrait "Je ne juge pas le fait d'avoir envie de vivre à une autre époque que celle-ci, j'en conviens [...] la pauvre, je lui ai défoncé la chatte et après le lui ai gâché sa vie". Sa remarque est complètement inattendue et arrive après des propos presque philosophiques et profonds sur la mort, le tout dans un français soutenu. Ensuite, vous pouvez noter le détachement absolu, pince-sans-rire, avec lequel elle lance sa remarque et qui contraste avec le côté trash et cru de ses propos. C'est ce détachement qui donne de la force et de l'élégance à vos remarques, surtout dans l'humour noir.

Un contraste visuel : dans ce même extrait et de manière générale dans le personnage qu'elle s'est construit, on peut voir un contraste fort entre sa façon de se vêtir (robe vintage et coiffure très-propre-sur-soi) et les propos sexuels parfois très crus et très modernes qu'elle exprime.

Amusez-vous à ne pas être congruent.e de temps en temps, c'est-à-dire à dégager l'émotion qui n'est pas du tout celle qu'on s'attend à avoir pour le message que vous partagez.

6-Boum, Boum, Bang

Ça doit être la technique que j'utilise le plus à l'oral et à l'écrit. Si ce n'est pas la première fois que vous me lisez, vous avez déjà dû remarquer que j'aime bien énumérer les choses par 3. Déjà parce que c'est le nombre magique pour équilibrer une phrase et donner l'impression qu'elle est plus vraie : 2 ce n'est pas assez, 4 c'est too much. Ensuite parce que c'est aussi le nombre magique pour surprendre / faire rire sur la fin avec un élément qui dénote.

Il y a un exemple plus haut dans cet article quand je vous parlais du smartphone qui est plus divertissant qu'un.e orateur.trice : "checker ses mails (Boum), répondre à sa moitié (Boum), voir des stories de Laurent Ruquier (Bang)"

Vous pouvez aussi en trouver un dans cet extrait d'une chronique de Waly Dia : "On a le genou souple, l'épine dorsale flexible et le sphincter accueillant". J'aime beaucoup son travail car il a un sens aiguisé de l'écriture et de la punchline. Le type est incisif, précis et supporter du PSG (boum, boum, bang ;).

7-Second degré Celsius

On a tous eu ce prof en cours qui nous a fait un jour une bonne blague du genre : "Ah mais vous êtes en retard de 10 sec, rentrez chez vous je ne veux pas vous voir dans ma classe... j'rigole, asseyez-vous !" C'est ça le second degré. Ce n'est pas toujours drôle. Surtout venant de ce prof qui nous mitraillait sans cesse en pensant être cool et drôle...

Le second degré ne fonctionne pas lorsqu'il met l'autre au centre car il y a de grandes chances qu'il se retrouve dans l'embarras. En revanche, il devient très drôle lorsqu'on le couple à de l'autodérision, à de l'ironie.

Je suis un gros fan de second degré, voilà pourquoi j'adore les 2 premiers volets d'OSS117. Alors même que le héros est tout ce que je déteste le plus dans ses valeurs. Car je sais que c'est une parodie, un pastiche. Je suis abonné à une chaîne YouTube exceptionnelle qui décortique les ressorts comiques de films connus, et il existe une vidéo dédiée sur notre cher Hubert et l'art du second degré. Donc je vous invite grandement à aller vous divertir dans cette vidéo pour mieux comprendre comment vous en inspirer dans vos discours.

8-Pince-sans-rire

Cette forme d'humour consiste à garder un ton sérieux ou plutôt émotionnellement neutre alors qu'on est en train de dire ou de faire des choses qui en appellerait à une forte réaction émotionnelle de la part du public.

Exemple en regardant cet extrait du très drôle David Castello-Lopes (un autre portugais ;) : "les lames de couteaux [...] ensuite elles sortent en sautillant comme si elles étaient trop contentes". Aucune réaction dans la voix.

C'est une forme d'humour qui est répandue et bien connue car elle se rapproche du contraste. Cela demande d'ailleurs une bonne intelligence émotionnelle. Vous devez être capable d'inhiber votre réaction émotionnelle spontanée, et de démontrer à la place le plus grand calme. Et c'est ça qui rend la chose cooool.

9-Improvisation et interaction 

Alors oui il y a toutes les vannes, les blagues, les jeux de mots, les traits d'humour, les calembours que vous pouvez préparer avant votre intervention orale. Mais il y a aussi une chose indispensable : être pleinement connecté.e le jour J à votre public, votre salle, votre scène. C'est en observant ce qu'il s'y passe, en écoutant les propos de l'audience et en rebondissant sur tous ces éléments que vous allez pouvoir improviser. Vous allez jouer avec toutes les techniques vues précédemment. Cela demande encore plus d'audace et de maîtrise, mais cela est encore plus appréciable pour le public car il sait que vous leur offrez quelque chose d'unique. Vous entrez en réelle interaction avec lui.

Je suis des cours d'impro toutes les semaines et participe très souvent à des stages sur plusieurs jours. Avant tout pour m'amuser et jouer, mais aussi pour développer mon écoute, réussir à construire quelque chose en accueillant des propositions et accepter l'échec très régulièrement. Car clairement, on se plante beaucoup en impro, et il faut se remettre en selle immédiatement. Je le ressens dans ma manière de prendre la parole, la majorité de mes traits d'humour sont improvisés.

Un peu comme en séduction, la meilleure des accroches n'est pas la phrase toute faite, déjà préparée qu'on sort réchauffée. C'est celle qui est en lien avec la situation à un instant t, dans laquelle se dégage à la fois une certaine spontanéité et une prise de risque. Ce n'est pas la qualité de l'accroche qui donne envie de poursuivre les échanges, c'est l'audace et la bienveillance qui s'en dégage. Que ce soit donc en amour, ou en humour.

10-Vanne assumée

Et pour finir, qu'elle soit préparée ou improvisée, une blague peut faire mouche autant qu'elle peut faire louche. Il n'y a pas de sciences exactes, il n'y a et il n'y aura jamais 100% de réussite. Chaque public est unique, et c'est là toute la beauté de l'humour. Donc ne soyez pas destablisé.e par un bide. Si le public ne rit pas, ce n'est pas de sa faute. Assumez la vanne, détachez-vous en, et continuez avec aplomb et confiance.

J'écoute toutes les semaines les chroniques d'Aymeric Lompret sur France Inter, et à chaque fois il y a au moins une vanne qui ne passe pas. Et à chaque fois, il assume totalement, joue de ça, et ça fait même partie de sa manière de faire de l'humour. 

Par exemple dans cet extrait : il fait sa vanne, les autres ne s'esclaffent pas non plus, ce n'est pas grave il enchaîne tout de suite avec "bon j'ai écrit ça j'étais vraiment mort de rire". Et même plus tard dans cet extrait il n'a pas de chute à sa vanne, pas grave. Il part dans une onomatopée improbable, et ça en devient drôle.


D'après la thèse soutenue par Alain Vaillant dans son ouvrage "La civilisation du rire" : "C'est sur le rire que se fonde la culture". Et on pourrait même aller plus loin en affirmant que c'est sur le rire que peut se fonder le management : "Management par l'humour, une histoire de rigolos ?"

Il va sans dire que vous n'êtes pas obligés d'intégrer ces 10 conseils en même temps. Allez-y étape par étape, tentez des choses, osez marquer les esprits avec cette arme puissante, assumez pleinement et surtout amusez-vous avec panache !

Ah oui, elle s'appelle Lara.
Lara Clette.


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Julien de Sousa, Président Fondateur

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